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le Lycée Argouges et l’association AMD

Dix ans de complicité et de solidarité pour les enfants du Bangladesh

Par Annie Beylard et Carine Miletto

Ce projet s’est déroulé dans le temps et a pris de l’ampleur au fil des années. Il a commencé modestement sans soutien financier. Je connaissais l’engagement de Thierry Craviari, au Bangladesh. Médecin orthopédiste à Gap, il partait chaque année, sur son temps personnel, opérer des enfants atteints d’une forme de rachitisme grave et déformant qui rendaient les enfants totalement handicapés, incapables de s’insérer dans la société.

Tissus du Bangladesh

    CPE en charge, entre autre de la filière mode, je lui ai demandé de venir témoigner de cette expérience auprès d’élèves de 1ère année bac pro et 1ère année de CAP mode. Les filles (il n’y avait à cette époque aucun garçon dans ces classes) ont été touchées par son récit. Nous avons dès lors réfléchi à la manière d’apporter notre contribution. Nos élèves étaient formées dans une spécialité, la couture, qui est un des creusets de l’économie bengali. C’est là bas que les marques de prêt à porter délocalisent et font produire à coût extrêmement bas les vêtements que nous retrouvons dans nos grands magasins.

    C’est ainsi que nous avons imaginé, que Thierry Craviari pourrait chaque année nous rapporter du tissu bengali, coloré, attractif que nos élèves transformeraient, sous la houlette de leurs enseignants, en produits susceptibles d’être vendus lors d’une soirée événement.

Atelier de couture à Argouges

    Année après année, ce projet s’est construit, étoffé et a rencontré l’adhésion des enseignants, des élèves, de la direction de l’établissement. Projet qui se réalise uniquement pendant les cours d’atelier des élèves, qui continuent à se former sur ce temps. Les formes de restitution en fin d’année ont varié dans la forme mais jamais sur le fond. La trame était toujours l’organisation d’une soirée solidaire qui a emmené d’autres partenaires au gré des opportunités, des intérêts suscités par ce projet.

Exposition vente d’objets et vêtements réalisés par les élèves

Ce projet humanitaire implique depuis 10 ans maintenant la section mode du Lycée polyvalent Argouges et plus précisément les classe de 1ère année CAP Vêtement Flou et 1ère année Bac Pro Métiers de la mode et du vêtement. Ceux sont donc les élèves entrant au lycée qui participent prioritairement à ce projet. Chaque année l’équipe pédagogique change et une nouvelle équipe prend le relais sur le projet. Depuis le début de l’aventure nous avons nos professeurs fidèles au projet que l’on retrouve tous les deux ans, mais aussi les professeurs contractuels ou remplaçants qui pour un an jouent pleinement le jeu et mobilisent et motivent les élèves autour de créations à partir de tissus bengalis. Pour dynamiser le projet et lui assurer une communication pertinente et efficace nous avons associé à la section mode du lycée, le secteur tertiaire. Les classes de 1ère et seconde Bac Pro Gestion administration et leurs professeurs d’économie droit ont assuré pendant quelques années la communication du projet (page Facebook, réalisation d’un communiqué de presse, envoi d’une affiche à nos partenaires culturels…) . L’affiche est d’ailleurs réalisée chaque année par des élèves volontaires en BTS Culture Design et la complicité de leur professeur. Depuis deux ans nous avons souhaité que notre journée solidaire soit ponctuée d’intermèdes musicaux proposés par les élèves de la section musique du lycée sous la houlette de leur professeur.

Et enfin, n’oublions pas  le soutien sans faille de notre proviseure adjointe du lycée professionnel, Mme Santi qui était présente à tous les temps forts du projet.

L’objectif était quadruple

  • donner du sens aux apprentissages des élèves, 
  • révéler qu’en quelques mois d’apprentissage (rappelons qu’elles sont novices à la rentrée de septembre) elles avaient acquis un savoir-faire valorisant et valorisable,
  • les engager dans une action solidaire qui fait la démonstration que chacun à son échelle peut apporter sa contribution
  • les sensibiliser aux scandaleuses conditions de travail des ouvriers et ouvrières du textile au Bangladesh

Dès lors,  chacun à son niveau se voit investi d’une mission, celle de créer des vêtements ou accessoires à partir des tissus bengalis, en réinvestissant les savoirs et savoirs-faire divulgués en cours. A terme, il faudra vendre ces produits lors d’une journée solidaire, ainsi chaque élève va au bout de son projet en valorisant son travail auprès de la communauté éducative, des partenaires culturels et sociaux et du grand public venus acheter les productions.

Les élèves travaillent de façon originale, pendant le temps scolaire, en suivant le cadre pédagogique de référence  du programme de la section mode. 

Expo-vente

Depuis 4 ans ce projet est aussi financé par la région AURA qui nous soutient et contribue à faire de cette action humanitaire une action reconnue et valorisée par notre institution. Chaque année nous avons obtenu une subvention qui a été reversée à l’association AMD pour contribuer à la lutte contre le rachitisme.

 Fin d’un projet,  début d’une nouvelle aventure :

Vingt ans qu’une équipe de bénévoles d’AMD s’est engagée dans cette aventure au Bangladesh: venir en aide aux enfants de familles pauvres atteints de rachitisme dans la région de Cox’s Bazar. C’est à cause d’un manque de calcium que les enfants, en grandissant ont les jambes qui se déforment. 

la « field visit »

    Une aventure qui nous a amené à mettre en place toute une structure permettant de faire face à cette maladie dont le meilleur moyen de la soigner est la prévention : donner aux enfants le complément de calcium qui manque à leur alimentation. Bien sûr parfois la chirurgie est nécessaire lorsque les enfants sont trop âgés.

Nous avons construit 4 centres dans la région de Cox’s Bazar ayant accueilli en 20 ans près de 100000 patients.

La salle d’attente…

 Nous avons formé de nombreux kinésithérapeutes ainsi que des « field workers » dont le rôle est d’aller dans les villages faire de l’éducation auprès des familles. 

 Aujourd’hui, nous nous rendons compte que grâce à l’éducation dispensée dans les familles et l’apport de calcium, le nombre de cas de rachitisme est en forte diminution.

Il est sûr que notre présence continuera au Bangladesh pour quelques années encore, ils ont encore besoin de notre soutien financier, mais le temps est venu de réduire notre implication dans ce pays.

Toute cette organisation que nous avons mise en place est en train à notre grande satisfaction, de prendre son autonomie sur le plan médical.

Ils savent ce que font les élèves d’Argouges

C’est pourquoi, notre collaboration de 10 ans avec le Lycée Argouges va évoluer.

En effet une nouvelle aventure va commencer avec une autre équipe d’AMD s’occupant d’enfants autistes en Afrique. L’objectif sera de permettre à ces enfants du Rwanda et d’autres pays francophone en Afrique, une meilleure insertion sociale, un accès possible à des structures adaptées. 

Témoignages :

Professeur documentaliste au lycée Argouges depuis septembre 2005, j’ai tout de suite répondu présente quand Annie Beylard, CPE, m’a proposé de m’investir dans ce projet et de travailler sur la partie communication. Au fil des années j’ai chapeauté le projet avec Annie et j’ai beaucoup aimé travailler dans cette ambiance dynamique et conviviale. Cela m’a permis de découvrir une association et des bénévoles formidables et de m’investir auprès  d’élèves et de professeurs toujours à fond et créatifs. Une vraie belle aventure qui prend fin pour la meilleure des raisons : le rachitisme est pratiquement éradiqué et AMD a su former des équipes médicales autonomes et professionnelles. Je suis impatiente de poursuivre dans l’humanitaire avec notre prochaine destination l’Afrique.

Annie Beylard : CPE au lycée Argouges de 2003 à 2019

CPE, j’ai toujours été convaincue qu’un support de projet pouvait permettre de créer avec les élèves, un temps de rencontre, d’échange privilégié. Ce projet s’inscrit sur plus de 10 ans, il a été une source d’élan constant de la part de l’équipe d’enseignants mode, sans leur adhésion, rien n’aurait été possible. Je les en remercie encore. Il nous a soudé, a instauré une confiance réciproque et facilité notre travail commun auprès des élèves.

D’autres nous ont rejoint, des équipes d’enseignement tertiaire, ceux de communication, de musique mais aussi des partenaires extérieurs : bibliothèque de quartier, maison des habitants, d’autres associations oeuvrant dans l’humanitaire et la santé.

Enfin depuis près de 6 ans, Carine Miletto, Professeur Documentaliste est devenue l’une des chevilles ouvrières de ce projet. Nous avons collaboré avec énergie, enthousiasme, son dynamisme est contagieux !

Au final, ce projet a été l’occasion de belles rencontres avec AMD,  au sein du lycée et avec bien d’autres partenaires du quartier, cette synergie a permis de construire un engagement dans la durée.

Freddy Balestro : ingénieur télécom. Bénévole au sein d’AMD.

Je me suis engagé dans cette aventure au Bangladesh en 2010 avec AMD à le demande de mon ami Bernard. Cet engagement m’a naturellement « embarqué » dans la collaboration avec le Lycée Argouges. Ces quelques années ont été pour moi très enrichissantes : un projet dans lequel nous étions le lien entre les enfants de ce pays lointain et les élèves du Lycée, un projet  qui a fédérer différentes compétences enseignées à Argouges, un projet qui m’a permis de développer des amitiés sincères avec les personnes qui ont fait que ce projet soit une réussite: Annie, Carine, Sabine, Bernard, Thierry, … Tous nos souhaits de réussite pour cette nouvelle aventure africaine…

 Catherine Santi : proviseure adjointe du lycée professionnel

Argouges-AMD-Bangladesh ? Un lycée professionnel et une association engagée ? Improbables liens et pourtant bien réels ! Liens générateurs de solidarité, d’engagement, de dépassement de soi, d’ouverture, de bonheur, de partage, de don de soi… La liste serait tellement longue à constituer. 

Alors en un mot Argouges-AMD-Bangladesh = JOIE DU COEUR !

Thierry Craviari : chirurgien orthopédique à Gap responsable du projet au sein d’AMD

Lorsqu’Annie m’a demandé de venir présenter le projet humanitaire AMD Bangladesh aux élèves du CAP couture du Lycée Argouges, j’ai un peu hésité. J’ai même pensé sincèrement que cela serait un fiasco. Comment intéresser ces jeunes à la problématique du handicap dans ce pays du bout du monde, qu’elles ne connaissent que par la délocalisation des usines de production de vêtements : le «made in Bangladesh » accroché à leur tee-shirt. Cette délocalisation qui signifiait pour la majorité des lycéennes, le chômage probable à la fin des études. Pour me convaincre Annie m’a dit : « Elles ont mille problèmes en famille, au Lycée, mais tu verras, elles ont du cœur et des talents! ». L’avenir lui a donné raison. Je suis venu au Lycée Argouges, j’ai présenté le pays, le projet, les enfants handicapés. Contre toute attente, tout le monde a écouté. La présentation finie les questions ont fusé. Elles avaient compris, elles étaient émues, elles voulaient agir : « Qu’est-ce qu’on peut faire pour vous aider?».

Un magnifique élan de solidarité était né entre les élèves du Lycée Argouges et les enfants du Bangladesh. Ce projet a duré 10 ans. Merci à toutes celles et ceux qui y ont contribué.

Sabine Vilmin, coordinatrice administrative du programme – Permanente au sein d’AMD

Chargée du suivi du programme Bangladesh au sein d’AMD, j’ai été naturellement entraînée dans le sillage de Thierry, Annie, Carine, Bernard et Freddy, et sous la bienveillance de Catherine Santi, pour ce partenariat avec le Lycée, unique action d’Education à la Solidarité qu’aura menée AMD sur le territoire français.

Au fur et à mesure des années, cette aventure aura pris de l’ampleur jusqu’à même susciter des subventions de la Région Auvergne Rhône Alpes, mais surtout un engouement dans le quartier Teisseire Malherbes, la contribution de petites associations de couture, de chorales, de conteurs, de la Maison des Habitants, et surtout de la Bibliothèque, merci Aude et Nicolas, dont l’accueil et le rôle non négligeable ont contribué à la réussite des dernières soirées !

Une bien belle action de solidarité au profit de notre programme ! Merci à tous les élèves et professeurs, et bonne route vers l’Afrique !

Bernard Parent : médecin généraliste , bénévole au sein d’AMD.

Engagé dans le projet Bangladesh à l’invitation de Thierry, j’ai eu un vrai bonheur à faire partie de l’équipe AMD et participer aux missions. Invité à parler de ce projet auprès d’élèves de lycée professionnel, je me suis demandé comment nous allions bien pouvoir intéresser des élèves en couture si jeunes avec nos histoires de bénévoles parlant d’un monde aussi différent ! Heureusement Freddy m’a tout de suite aidé.

Et dès le début j’ai senti que cette rencontre était une chance inattendue, aussi bien pour nous de découvrir le monde de l’enseignement, que pour leur faire connaître à eux et elles ce que nous découvrons là-bas.

L’accueil des élèves et de l’équipe enseignante m’a vraiment beaucoup emballé. J’ai été motivé par le dynamisme, l’engagement de Carine, d’Annie, des professeures des sections couture, mode, graphisme, jusqu’à la Directrice! qui venaient écouter l’écho des enfants du Bangladsh, découvrir leur visage à travers les photos de Thierry et de Freddy. Cette ambiance pédagogique s’est communiquée à nous, vieux bénévoles écoutés par des élèves attentives qui questionnaient notre expérience et partageaient nos préoccupations le temps d’une séance. Cela s’est prolongé dans des travaux d’ateliers et puis dans la ferveur de la fête dédiée aux enfants du Bangladesh…des échanges très forts dont je veux remercier celles qui en furent les artisans, Annie, Carine, Catherine… et pour AMD Sabine, si précieuse pour organiser et suivre toutes ces réunions et ces rendez-vous… Avec tous mes voeux de rebondissement pour tisser vers l’Afrique cette collaboration fructueuse.

Fin d’une très belle aventure

Photos de 10 ans d’aventure